Le matin piscine comme tous les mercredis et dimanches. Avec les gamins et gamines, comme tous les mercredis. Comme j’en suis sorti un peu tard, je n’ai pas le temps de faire la cuisine alors je vais manger dans mon troquet habituel où je suis maintenant accueilli comme un ami et où le patron ayant compris que je voulais parler portugais me corrige quand je fais une faute. Je commande une « bacalhau com natas », un peu notre brandade de morue mais très goûteuse. Je suis installé à ma place habituelle, devant la fenêtre pour pouvoir lire, près de la porte, un jeune homme entre, me dit je ne sais pas quoi et pose un prospectus sur mon appareil photo que j’ai la manie de laisser sur la table. Le patron bondit et chasse le jeune homme qui allait repartir avec le prospectus et l’appareil. Il y a finalement pas mal de vols à Lisbonne et j’ai vu sur plusieurs vitres de voitures une affichette du genre « Monsieur le voleur, s’il vous plaît, ne brisez ni la vitre ni la porte, il n’y a rien à voler ».

Ensuite j’ai décidé d’aller, à pied bien sûr, à la Librairie Française car j’ai épuisé mon stock et j’ai la flemme de fouiller les vendeurs — nombreux — d’occasions. L’aller-retour correspond, à peu près, à la distance porte des Lilas, porte d’Orléans à Paris, disons près de deux heures de marche si on ne se trompe pas, or comme le plan de Lisbonne n’indique pas toutes les petites rues, que le nom de nombre d’autres est illisible, on se perd souvent, plus exactement on s’égare car maintenant que j’ai Lisbonne en tête, je retrouve toujours mon chemin. Ce sont des quartiers que je ne connais pas, en retrait mais parallèles aux grandes avenues. Il y a beaucoup de restaurants où mangent manifestement, vue leurs tenues costume-cravate, tailleurs, les employés des grandes entreprises et des banques. Il y a aussi, — pourquoi ? — pas mal d’antiquaires et, plus étonnant, de nombreuses églises pentecôtistes ou autres Haré Krishna. Lisbonne est une ville beaucoup plus contrastée que Paris, des rues presque entièrement en ruines longent des rues élégantes, des jardins poussent au milieu des ruines. De ci de là, quelques palais qui gardent une certaine élégance, certains remis à neuf, d’autres attendant de l’être. C’est assez intéressant.

Par contre, je souffre de la chaleur, il fait 24 degrés à l’ombre et aujourd’hui il n’y a pas de vent, le soleil tape, fort, je n’ai ni chapeau ni casquette et n’en trouve pas sur mon chemin. Heureusement mon appartement est très frais mais je pense que je ne pourrais pas vivre ici les mois d’été.

La Libraire Française est à l’intérieur des locaux de l’alliance française et de l’institut culturel français, à l’étage. Rien de l’extérieur ne l’indique : j’ai fait trois fois le tour du pâté de maison avant de demander. Elle est assez bien achalandée mais surtout en classiques. J’ai pris « La sorcière » de Michelet et deux autres livres sur le Moyen-Âge. Puis retour. Dès que j’ai pu je me suis acheté une casquette. Bleu marine.

Ce soir j’ai décidé de m’attaquer à la cuisson des seiches. Ce sera pour moi une première.