Le premier mois est presque écoulé et je suis affolé de voir à quelle vitesse le temps a passé. Il faut déjà commencer le compte à rebours et je n’en ai pas vraiment envie…

Ce matin, le vélo a dû faire son effet, je me suis levè vers sept heures. Un peu de travail, beaucoup de farniente : j’ai cherché en vain des cartes pour faire du vélo puis je suis allé lire tranquillement Le Monde au café où je commence à être un habitué accueilli par un franc sourire du jeune patron qui a une tête bien sympathique.

L’après-midi, j’ai décidé de franchir le Tage. En face de Lisbonne il y a plusieurs villes : Montijo, Barbeiro, Seixal, Amora et Almada ; toutes desservies par des ferryboats. Montijo, évidemment, est un nom qui parle à tout français ayant entendu parler à l’école d’Eugénie de Montijo : María Eugenia de Guzman Palafox Portocarrero y Kirkpatrick de Closeburn, marquise d’Ardales, marquise de Moya, comtesse de Teba, comtesse de Montijo… Comme j’ignorais s’il s’agissait du Montijo espagnol ou du Montijo portugais, j’ai décidé d’aller voir. Départ de la Praça do Comercio, une demie-heure de traversée sans intérêt car on ne peut sortir sur le pont et les vitres sont sales. On arrive au milieu de nulle part, ou plutôt au milieu de marais et d’un gigantesque parking. Il y a un taxi et un bus mais, comme je ne veux jamais faire comme tout le monde, je décide d’aller en ville à pied. Quatre kilomètres, presque une heure, sous un soleil violent car je n’avais pas pris mon chapeau et n’ai pas — pas encore — de casquette. Un paysage vide, des vergers de mandariniers abandonnés, des champs de cactus, des fermes en ruine. On se croirait dans un film sur le Mexique. J’arrive dans des ensembles d’HLM au pied desquels paissent des moutons et un cheval, puis des villas dont certaines coquettes, puis le centre ville, des rues sans charmes constituées de maisons basses pas toutes en bon état. Enfin un grand parc ombragé et frais et le centre ville : une place quelconque d’où partent deux rues piétonnes, désertes. Il y a une église, ordinaire, toute blanche, elle porte quand même la date de 1604 et une plaque dit qu’il s’agit de l’église do Spirito Sancto. Comme je n’ai rien d’autre à faire, j’entre visiter. Surprise, mis à part le chœur baroque et doré et trois chapelles, tous ses murs sont recouverts de splendidez ajulezos. J’ai pris en photo quelques panneaux mais ils étaient trop grands pour les avoir dans leur intégralité. Je le savais pour l’avoir lu partout, mais je ne me doutais pas à ce point que l’art classique des portugais est l’ajulezos, avec son bleu presque Klein et sa recherche du détail. La peinture portugaise est là, le plus souvent anonyme et pourtant superbe. Est-ce l’influence arabe ? En tous cas il y a eu là une rencontre réussie. Malgré l’église je ne recommande pourtant à personne d’aller à Montijo… À moins que…

Retour, je prends un taxi pour aller au terminal fluvial. Le ferry est presque vide mais quand nous arrivons à Lisbonne, c’est une foule qui attend. Montijo est bien la cité dortoir qu'elle semblait être.