J’ai sauté un jour, personne ne s’en plaindra, mes promenades dans divers quartiers de Lisbonne et mes lectures dans les parcs — en ce moment « Inceste » d’Anaïs Nin — lassent mes rares lecteurs. Pourtant, je crois que c’est ainsi qu’il faut apprécier cette ville merveilleuse et je ne reprendrai pas mes diatribes contre les malheureux touristes qui… Passons…

Ce matin, marchant à l’aube dans la merveilleuse tendre luminosité du soleil encore timide dans les petites rues de l’Alfama, je vais à la gare Santa Apolonia prendre le train pour Coïmbra où je dois donner une conférence. Les trains portugais sont très biens, préférables à la circulation en voiture et pas cher. Le seul problème, à Lisbonne, c’est qu’il y a au moins six gares, qu’il ne faut pas se tromper, que les sites Internet ne sont pas toujours à jour et que le bureau de tourisme de la Praça do Comercio n’est pas très performant. Avec un peu de persévérance, on s’en sort quand même.

Deux heures environ puis Coïmbra B où m’attend le professeur Manuel Portela. Nous allons tout de suite à l’université, mélange de style pompier Salazarien (assez nul) et d’université des XIII ème et XVI ème siècles, superbes. Il me fait visiter plusieurs salles : la splendide vieille bibliothèque, la salle des actes (on dirait en France « des soutenances »), celle des professeurs. Ceux qui connaissent la Sorbonne peuvent comprendre, rien à envier. Nous allons manger au Musée de l’art antique, correct, pas cher, portugais. Puis, conférence. Par modestie je n’en parlerai pas. Ensuite, vers six heures, nous allons boire un verre sur les bords du Mondingo car il fait une chaleur effroyable. Manuel me dit que c’est très étonnant car c’est une chaleur d’août. Je veux bien le croire.

Il me ramène à mon hôtel, un hôtel « international » au luxe très raisonnable sauf que la climatisation n’est pas à la hauteur. Je lui demande quel est, à son avis, le meilleur restaurant de Coïmbra. Seul, et n’ayant rien à faire, autant amuser mes papilles. Il m’indique le Nacional. Un professeur au Portugal gagnant autant qu’un Professeur français et le niveau de vie étant la moitié de celui de la France, j’ai pensé qu’il devait parfois pouvoir s’offrir de bons repas.

Je vais donc au Nacional vers huit heures : restaurant assez luxueux au premier étage d’une rue quelconque, clientèle de cadres venant pour des repas d’affaire, donc généralement ne lésinant pas sur le coût, ça devrait aller… Horrible déception. Je ne parlerai pas du melon-jambon car, ici, le melon est un melon d’eau, très rafraîchissant mais sans goût. J’avais demandé une des spécialités, le tamboril con arroz, un riz de baudroie. Comme l’on sait, la baudroie est un poisson très fin, cher en France, mais délicieux. Ils me la servent panée, trop cuite, avec un riz théoriquement parfumé mais aussi trop cuit. Moi qui adore le « al dente » italien… Mon opinion, hélas, est confirmée, les portugais, définitivement, n’ont pas les papilles raffinées. J’ai beau multiplier les essais, j’en arrive toujours au même point, ils massacrent des produits nobles pour en faire n’importe quoi. Pas de chance ou alors ?… Mon souvenir du Don Pedro à Cascais en est renforcé. Avant de partir, j’y retournerai.

Demain, visite, à ma façon, de Coïmbra. Ne pas tout voir mais regarder.