Mon avant-dernière page. Peut-être même ma dernière car je ne veux pas tomber dans l’apitoiement. Je rôde au hasard des rues de Lisbonne me remplissant la tête d’images et de sensations. Le temps est médiocre, quand même plutôt ensoleillé même s’il y a des averses et pas de vent. Je rôde tellement que ce matin je me suis laissé entraîner par une fanfare militaire qui allait ouvrir les événements fooballistique de la Praça do Comercio : jeux de ballons en tous genres, écran géant commentant sans cesse les actions de tel ou tel joueur, tel match, faisant des pronostics, etc. Du coup je me retrouve photographié sur ma page Facebook. J’ai quand même retouché un peu pour enlever le trop de publicité. Pendant ce temps, les rues sont sillonnées de voitures ornées de drapeaux appelant à voter pour tel ou tel candidat européen.

Avant de quitter Lisbonne, je dois quand même faire part de deux découvertes intéressantes pour qui vient y passer quelques jours. D’abord j’ai eu la grande surprise de tomber sur le restaurant d’un jeune chef qui fait, à prix très abordable car manifestement il débute, une cuisine inventive et raffinée. Son restaurant, Leopold, se trouve dans la Mouraria, un quartier très populaire, au 27 rue de Sao Cristoval. C’est par le plus grand des hasards que je passais là et que la sobriété du mobilier, la vitrine où se perdent quelques livres de cuisine m’a attirée. La carte est sommaire et on ne peut pas y manger tous les jours mais, à mon avis, c’est à la hauteur des chefs du marché Ribeira. J’y ai mangé un Favas de Alheiras, une « alheiras » aux fèves. Normalement c’est une saucisse de porc légèrement aillée mélangée de pain. C’est très quelconque sauf qu’ici, le chef n’utilise pas du tout de boyau, il sert la farce nue avec quelques cachuètes, des germes de moutarde, des fèves al dente comme je les aime, de petites rondelles de betterave rouge et la viande n’est pas de porc. Si j’ai bien compris c’est du canard mais ma compréhension est parfois étrange et je ne voulais pas insister. Rien à voir donc avec la recette originale. Comme désert j’ai pris un « Roméo et Juliette » : pâte de coing noyée sous de fins copeaux de fromage de brebis me semble-t-il. Bon aussi, en tous cas original au Portugal, mais moins intéressant que l’alheira. J’ai laissé le chef me proposer le vin. Je ne le regrette pas.

Un autre lieu que je recommande moi qui ne suis pas noctambule, c’est pourtant un bar de nuit, le pavilhao Chinês qui se trouve au-dessus du Baixo à la sortie du quartier qu’ils appellent le Barrio Alto (le quartier haut) 89/91 rua Don Pedro V, une rue plutôt chic et branchée avec de superbes antiquaires qui présentent des pièces éblouissantes comme d’ailleurs ceux de la Rua de Alecrim (rue du romarin) assez proche, spécialisés dans les céramiques. Ce bar est, à lui seul, le MIAM de Sète : les murs de ses cinq salles sont couvertes de vitrines contenant les collections les plus hétéroclites, de la poupée aux casquettes militaires en passant par des tableaux réalistes socialistes. Très étonnant et indescriptible en quelques lignes. Le bar est très confortable, la musique bien dosée, j’y ai passé, devant un whisky, quelques moments très agréables. Il ouvre à dix huit heures mais, il vaut mieux y aller vers vingt et une heures.

De l’appartement, entre les carillons qui sonnent les heures, j’entend les clameurs lointaines de la Praça do Cormercio. Samedi ça va être la folie.