Le 1 mai on se repose. C’est ce que j’ai décidé de faire. J’ai assez couru, marché mes jours précédents et mon genou gauche me réclamait un peu de repos. Donc, repos. Le matin lecture du journal à mon troquet habituel.

L’après-midi je décide de voir ce que signifie le 1 mai à Lisbonne. Lisbonne est une ville faite pour se promener, pour flâner même, construite, du moins dans les quartiers antérieurs au vingtième siècle, n’importe comment avec des rues plutôt étroites dont aucune n’est droite, qui épousent le terrain ou s’y affrontent. Des escaliers qui mènent ves des rues minuscules ou des impasses. Il ne faut pas craindre de faire parfois demi-tour. En marchant au hasard, on ne peut pas s’y ennuyer, il y a toujours des points de vue et des surprises comme cette rue très étroite au-dessous de chez moi où je n’étais pas encore passée, toute décorée des portraits de ses habitants avec des places minuscules où les familles mangent à l’ombre et où les femmes ont tricoté une immense chaussette autour d’un arbre, ou encore cette rue  — Beco Sao Luis da Pena — toute en escalier et dont toutes les maisons sont vides. Il est vrai que le soleil rend indulgent car notre corps est fait pour la lumière. Aujourd’hui j’avais pensé à prendre un chapeau car il faisait encore très chaud même s’il y avait un peu de vent. J’ai découvert entre la place Martim Monitz et l’avenue de la Liberta, un quartier tout en hauteur où les enfants jouent au ballon dans les rues comme dans mon enfance.

Mais le premier mai ? Je suis allé à la place Martim Monitz d’où partait la manifestation syndicale. Un peu de monde, beaucoup de banderoles, beaucoup de drapeaux rouges, de la musique, une atmosphère bon enfant, beaucoup de gens assis sur le début du parcours. L’œillet rouge est vraiment ici le symbole de la révolution, beaucoup de gens en achetaient aux vendeurs à la sauvette et en décoraient leurs vêtements, plus encore que le 25 avril dernier qui est pourtant leur 14 juillet. Je n’ai pas suivi le cortège, il n’allait pas vers le centre mais se dirigeait vers le Nord, vers un but que je n’ai pas cherché à connaître.. Je ne sais pas ce qu’il en est d’habitude ici, mais ce n’était pas un succèe politique car le nombre n’y était pas vraiment. J’ai surtout été impressionné par un groupe de tambours dont la violence et le rythme faisaient vibrer la poitrine. J’ai soudain ressenti ce que devait être le rôle des tambours dans les batailles, un entraînement auquel il est difficile de résister. J’y suis quand même resté un moment avant que le cortège ne s’ébranle puis, montée et café à l’ombre avec un livre.

Ensuite descente sur le Rossio où les syndicats organisaient des danses folkloriques. Ce qui est pour moi surprenant car j’aurais plutôt pensé qu’ils auraient dû attendre la fin de la manifestation mais non, c’était une autre sorte de manifestation et il y avait d’ailleurs pas mal de monde. Des jeunes filles en costumes folkloriques qui ne demandaient qu’à se laisser photographier, des groupes de danseurs, beaucoup de touristes. Une atmosphère de fête et de foule promeneuse que l’on retrouvait d’ailleurs tout le long de la Baixa où de nombreux groupes, jeunes ou moins jeunes faisaient de la musique, certains invitant des gens à danser. Ècrivant, j’entends encore la musique au loin.

Et sur tout ça un ciel bleu acier d’une uniformité parfaite.