Ce matin, dès le lever, lutte des nuages et du soleil. Pour une fois, les nuages et l’Atlantique gagnent. À midi, par rapport à hier nous avons perdu douze degrés. Un petit pull s’impose. À treize heures, il pleut un quart d’heure puis de temps en temps quelques gouttes. Vers seize heures, le soleil triomphe à nouveau. L’épisode fraîcheur semble terminé. Dommage…

Rien à faire aujourd’hui. Mais ne rien faire n’est-ce pas aussi une activité ? Je pars vers onze heures vers l’Institut Français en choisissant un itinéraire tout en zigzags pour ne passer que dans des rues que je ne connais pas. Deux heures de marche. Rien de remarquable si ce n’est qu’on arrive dans un quartier plutôt bourgeois avec Mazerrati et Mercedes et que j’ai vu, rua Augusto de Aguiar, un immeuble années trente avec une belle mosaïque de dragon. Pour autant, ça ne vaut pas le détour. En fait je m’amuse de rien, du français tellement perdu dans un supermarché qu’il en rougit et que je dépanne en expliquant aux caissières ce qu’il veut, des boutiques désuètes d’antiquaire qui s’appellent ici des « velharias », des vieilleries, des magasins chinois qui proposent des vêtements à des prix incroyables, du tee-shirt d’une vendeuse qui représente un torse jeune assez dénudé que, à moins d’être tout près, on pense être son propre corps, d’un immeuble en ruine qui ouvre sur un trou assez impressionnant, du prix des fraises à 0,99 € le kilo mais que je ne peux malheureusement acheter car je ne sais pourquoi, depuis quelques temps, je suis devenu allergique à tout un tas d’aliments — bananes, fraises, lentilles — qui me provoquent des crises d’urticaire géantes. Rien de notable et je devrais ne rien noter mais ce journal est presque devenu une drogue dont il me faut une prise chaque jour pour dire quelque chose quand je n’ai rien à dire. Drôle d’expression d’ailleurs car y a-t-il des moments où on a vraiment quelque chose à dire ? La pluspart des conversations me semblent sur ce point assez vides.

À l’Instititut Français, j’ai rendez-vous pour déjeuner avec la Directrice Victoire Di Rosa, la femme du peintre Hervé Di Rosa, que j’avais connue il y a quatorze ans à Mexico. Quatorze ans… Avons-nous « des choses à nous dire » ?

Nous bavardons aimablement de choses et d’autres : disparition de la langue française à l’étranger, problèmes de la scolarisation des enfants, culture, peinture, Musée des Arts Modestes de Sète que dirige son mari, Lisbonne, météo… tout ça dans le désordre. Sans intérêt sinon que c’est par ce sans intérêt que nous passons un moment de convivialité agréable. Je remarque encore une fois combien la plupart des gens aiment parler de ce qui les concerne et s’intéressent peu à ce que font et sont leurs interlocuteurs. J’ai l’habitude. Disons que neuf fois sur dix c’est ainsi que ça se passe : parler de soi pour être. Sur ce point comme d’autres l’âge m’a rendu indulgent et j’ai appris à écouter sans essayer de me mettre en avant car ce qui compte dans la plupart des conversations, c’est être là, un moment, avec quelqu’un. On pourrait ne rien dire mais le silence gêne. Alors on l’étouffe sous le dire rien et… ce n’est pas désagréable.

Ceci dit, je ne recommande pas le « restaurant » de l’Institut Français pour un repas gastronomique mais il y a une belle librairie. L’un compense l’autre. Mais je l'avais déjà signalée.