Le soleil embellit tout, nous le savons tous. Pourtant beaucoup de villes du sud que je connais, bien que belles, restent ternes. Ce n’est pas le cas de Lisbonne. Les portugais n’ont pas peur des couleurs. Les façades peuvent être jaune, blanches, canari, orange, or, bleu azur, carmin, rose, vert amande ou vert d’eau et comme la plupart des quartiers sont en hauteur, que les maisons se posent l’une sur l’autre, certains panoramas forment au soleil un étonnant Mondrian étonnant. Donc soleil encore, éblouissant mais avec un petit vent frais qui monte du Tage et le rend supportable. J’adore cette ville.

D’autant que ce week-end elle explose d’événements et donc de musique. J’ai déjà parlé hier du festival ibérique des masques qui continuait aujourd’hui avec des danses et des musiques folkloriques. Je n’ai pas parlé — parce que ça m’intéresse moins — du marché aux antiquaires qui se tenait avenue de la Liberté où une nouvelle arnaqueuse m’a abordé mais que je n’ai pas pris le temps d’écouter. Je n’ai pas non plus parlé du grand stand de la Communauté Europénne place Figuieras qui tente d’attirer des votes en offrant des sacs en toile pour faire ses courses ou en prêtant des vélos électriques tout en promouvant ses actions qui, pour l’essentiel, se résument à Erasmus et ne parlent évidemment ni du chômage ni des sans abris. Je suis d’ailleurs tombé sur un énorme squatt anti-européen, à deux pas, Praça da Alegria. Je devrais aussi parler de mon nouveau parcours de la Mouraria où j’ai découvert un quartier très étonnant uniquement constitué d’un labyrinthe d’escaliers qui vont dans tous les sens, à se demander si Escher n’aurait pas vécu là. Bien qu’il aurait fallu détailler tout ça, je vais encore parler de religion.

Je savais qu’il devait y avoir, à seize heures, une nouvelle procession de Nostra Senhora da Saude, comme ça se situe sur l’agréable place Martim Moniz, j’ai décidé d’y aller boire un café. Et là, surprise, le choc, rien à voir avec la procession d’hier qui n’était qu’une répétition de quartier. Une foule énorme dans laquelle il était impossible de se déplacer. Comme mon oreille est devenue un peu portugaise (est-ce ce qui est arrivé à Audiard ?) et qu’elle entend maintenant les sons absents, je me suis renseigné ce qu’un vieil homme s’est empressé de faire avec grand plaisir : Nostra Senhora da Saude est la patronne de tous les travailleurs de la santé — ce qui est logique — mais aussi — ce qui l’est moins — de l’armée. Donc tous les corps d’armée représentés avec chacun sa fanfare, de la garde républicaine à cheval aux commandos de marine (mon interlocuteur m’expliquait tout ça au fur et à mesure), officiers, officiers supérieurs, officiels… Et là, c’est vraiment du gigantesque et du luxueux, l’église sort toutes ses statues de saint débordantes de fleurs et portées par des militaires, ses encensoirs, ses promenoirs, ses bannières, son dais que des militaires portent au-dessus de l’évêque. Ils ont même mis sur un cheval la statue de Sao Jorge qui, normalement, est au Castelo. Comme hier, mais au centuple : Encens, bougies (inutiles sous le soleil, mais quand même…), cantiques, prêches, prières, etc… Une vraie fête populaire. La procession a duré deux heures et je ne m’y suis pas ennuyé tant c’était coloré et tant ça me rappelait mon enfance où, suivant les années, je devais participer à la procession habillé en page ou en angelot.