Donc, Evora. J’ai adoré la traversée en train des banlieues Nord de Lisbonne qui m’a fait découvrir des perspectives que j’ai bien envie d’aller voir à pied. Puis une heure et demie de train dans un paysage essentiellement d’oliveraies jusqu’à Evora.

C’est une petite ville, disons une ville moyenne qui a le charme de tant d’autres des villes du sud avec des petites rues aux façades toutes blanches et aux soubassements orange. Une ville pour ne rien faire et s’installer à une terrasse à l’ombre et à l’air. J’y ai donc poursuivi ma cure de farniente. En fait, elle m’a fait énormément penser au Vénézuela, du moins à la ville de Mérida où j’ai séjourné il y a quelques temps. Elle a un certain charme provincial et sudiste. Pour le reste… Il faudrait que j’arrête de voyager. Je vais arrêter de voyager car j’ai trop de comparaisons dans la tête. L’aqueduc d’Évora est ridicule quand on connaît le pont du Gard, ses remparts sont très inférieurs à ceux de Carcassonne et même d’Aigues Mortes, sans parler de la muraille de Chine, ses églises, nombreuses ne valent ni celles de Rome, ni même celles de Lisbonne, son temple romain a la dimension d’une vespasienne. Bref, je crois que j’ai maintenant définitivement dépassé le stade touriste. Il y a quand même une petite église très agréable, celle du palais du duc de Cadaval qui est encore son palais privé, Saint Jean Évangéliste qui vaut le détour pour son magnifique intérieur en azulejos dans lesquels s’insèrent des autels baroques débordants de motifs et ruisselants d’or. J’ai encore pu vérifier en visitant le palais de ce duc à quel point la peinture portugaise des siècles classiques est inférieure à celles de l’Espagne, de l’Italie, de la France, etc… Ce sont de magnifiques céramistes et de piètres peintes. Est-ce que ceci explique cela ? Autre curiosité intéressante la « chapele dos ossos », la chapelle franciscaine des ossements, entièrement construite d’ossements humains. Elle devrait produire un effet d’abattement devant la misère de notre condition. Ce n’est pas ce que j’ai ressenti, l’accumulation produit de la paix et du calme et les rires et cris de jeux d’enfants de l’école mitoyenne comme un contrepoint d’ironie. On dirait une installation d’art contemporain réussie. Enfin il y a l’université où personne — sauf les étudiants bien sûr — ne va, construite autour d’un grand patio et de plusieurs plus petits, murs d’azulejos encore, extrèmement propre où chaque professeur a son bureau. Un rêve pour un professeur français.

Ceci dit, j’ai fui le chantier qui pollue mon appartement de Lisbonne et je n’ai pas perdu au change, ma chambre d’hôtel, très vaste, bien équipée, de l’hôtel Riviera, bien que donnant sur une rue de marchands de souvenirs débordante de groupes de touristes allant vers le temple roman et la cathédrale (qui mérite à peine le détour car seul son extérieur est intéressant) est très calme et je peux y travailler tranquillement car il fait trop chaud pour que je me promène dans les rues. Je le ferai quand il fera plus frais et qu’il y aura moins de monde. De toutes façons, je suis ici pour deux jours et, en une demi journée, j’ai déjà tout vu de « ce qu’il y a à voir ». Demain, je farnienterai encore.