Je ne sais pas ce qui m’a pris, mais je n’avais plus dormi autant depuis des années, couché à 22 heures, éveillé à huit heures par les ouvriers du chantier qui sont à quelques mètres les uns des autres mais qui hurlent comme s’ils devaient faire porter leurs voix sur des centaines de mètres. Je voulais rester chez moi à ne rien faire mais, pas le choix, le chantier me chasse. Donc, je vais essayer de ne rien faire ailleurs mais ce sera moins facile.

Le matin, rien d’intéressant pour mes lecteurs : flânerie au centre, lecture du journal sur un banc à l’ombre, puis sur le même banc, simplement regarder ce qui se passe autour de moi en essaynt de repérer les langues qui effleurent mes oreilles.

Vers midi, je n’ai plus eu envie de rester là. J’aurais dû changer de banc et de square. À tant que faire, j’ai changé de lieu. Je suis allé à la gare du Rossio et pris un billet aller-retour pour une banlieue tout aussi improbable que celles que je suis allé voir de l’autre côté du Tage. Vingt minutes de train pour Monte Abraao. J’ai fait (quand même…) quelques photos, mais je ne vous montrerai pas. Iamginez que vous arrivez à La Courneuve ou à Marseille Nord, enfin chacun de vous à au moins une idée de ce que sont ces villes-dortoir. Ici elles sont de préférence en haut des collines, pour un peu de fraîcheur certainement et il y en a tant que l’on comprend combien l’agglomération de Lisbonne est grande.

Cinq cent mètres le long d’une autoroute, cinq cent mètres dans un parc sans charme, un petit quart d’heure de marche et j’arrive là où je voulais aller : Queluz, autre cité dortoir sauf que là, il y a le Palacio Nacional de Queluz, un palais royal créé en 1654, mais surtout modifié aux dix-huitième et dix-neuvième siècle. Un très beau, pas trop grand palais, encore bien meublé, quasiment inconnu des touristes (nous y étions moins d’une dizaine durant tout l’après-midi), très frais, très agréable à visiter avec encore certains de ces curieux meubles en papier mâché second empire comme dans le Palacio de Sintra et de nombreuses autres merveilles. Comme il n’y apersonne, on peut prendre le temps qu’on veut d’autant que les gardiens sont très discrets. Puis le parc, pas trop grand non plus, vingt hectares avec de très nombreux bassins et fontaînes et une grande variété de jardins depuis le labyrinthe jusqu’à l’orangerie. De plus c’est le siège de l’école potugaise d’art équestre et on y aperçoit de splendides pur-sang portugais. Une heure de lecture à l’ombre. Le bonheur parfait s’il n’y avait au fond du parc une autoroute dont le bruit finit par devenir envahissant. Je ne comprends pas que les portugais ne protègent pas mieux leurs trésors de la pollution sonore.

Ce palacio est une pausada, avec un beau petit hôtel et un restaurant. Un ami m’ayant conseillé les restaurants des pausadas, c’est ce que j’ai fait. J’y ai mangé une très belle tranche de garoupa (mérou). Malheureusement ils la servent avec des légumes bouillis, genre aïoli, pommes de terre, carrotes et… chou. Mais sans aïoli ce qui est un peu fade et de plus les légumes sont trop cuits. Enfin, on ne peut pas tout avoir.