Dès neuf heures il fait déjà chaud : piscine. Mes habituels 1500 mètre effectuésn je traîne un peu avant d’aller manger à ma gargotte habituelle, une feijoada, que l’on ose comparer à notre cassoulet gaulois. Ce seraient plutôt des saucisses aux lentilles mais avec des haricots blancs, rouges et des pois chiches à la place de celles-ci. Ce ne serait pas mauvais toutefois, si, cette fois-ci le plat n’était trop salé.

Puis location de vélo et direction Belem. J’espérais pédaler le long du Tage car sur une largeur d’une vingtaine mètres on sent un peu d’air frais. Manqué. Pas de piste cyclable, ou si peu, on pédale au milieu des voitures…

À Belem j’attache mon vélo et me promène enfin le long du Tage. Il y fait frais, il y a quelques restaurants chicos autour du port, tout est plein. Les lisboètes se pressent au bord de l’eau et sur l’herbe. Belem serait très agréable si elle n’était pas coupée en deux par une autoroute à huit voies et une double voie de chemins de fer. Une catastrophe. Du coup la ville ne donne pas sur le fleuve et manque de beaucoup de charme. Marchant, je m’interroge sur ces étranges incitations de plusieurs de mes amis pour me pousser à « faire » : « tu devrais appeler X… ou Z… ; tu devrais aller visiter telle ville ; tu devrais visiter tel musée… etc. ». Je ne suis pas venu à Lisbonne pour faire. Je fais déjà beaucoup trop de choses et me demande si je ne suis pas un drogué de l’action : nager, pédaler, marcher, faire des conférences, tenir x blogs, travailler sur mes caolingiens… Toutes ces actions m’ôtent à moi-même. Or si je suis venu à Lisbonne, c’est pour essayer d’être, autrement, loin de toute contrainte, oser être, simplement ; traîner dans une ville très peu connue cette bizarre saudade qui depuis quelques temps ne me quitte pas beaucoup dès que, justement, je ne fais pas quelque chose ; où mieux alors que Lisbonne ? Je ne cherche pas à apprendre plus, pas à connaître davantage, simplement me mettre en situation, comme j’ai déjà essayé de l’expliquer dans une autre page, d’éprouver à nouveau la sensation de réellement exister.

En tous cas, ce n’est pas au Centro Cultural do Belem que je l’ai retrouvée. L’architecture de ce lieu est celle d’une forteresse maure, fermée, aveugle, toute de gros blocs de pierre brute. Il y avait quelque chose comme une fête de la musique et de nombreux petits orchestres amateurs (beaucoup d’écoles), jouaient du classique dans le patio. Il y avait foule. Le patio est moins rude que l’extérieur mais, à mon sens, ce n’est quand même pas une réussite architecturale. Tant qu’à être là, j’ai visité le Museu Colecçao Berardo, autrement dit le Musée d’Art contemporain, un de ces musées aux salles immenses, cathédrales de l’art contemporain où, d’ailleurs, les parents ordonnent à leurs enfants de chuchoter. Si le premier étage qui présente les œuvres de 1910 à 1960 a quelques pièces intéressantes, j’ai été très déçu par l’étage consacré aux artistes les plus récents. Je suis certainement hors jeu mais j’ai du mal à accepter comme œuvre six casquettes alignées d’officier de marine, quatre vieilles planches posées au centre de la pièce ou un morceau de bois calciné. Passons…

En tous cas, demain, c’est promis, je vais essayer de ne rien faire.