Maintenant, à partir de dix heures du matin, jusqu’à six heures de l’après-midi, les travaux en bas de ma rue s’excitent : marteaux-piqueurs et bétonnière, en alternance, ou ensemble. Malgrè les cinquante mètres qui nous séparent, c’est insupportable et je ne peux donc pas travailler. Un répit pour manger à midi et les soirées tranquilles. Je n’ai plus qu’à fuir, ce que je fais n’ayant, de toutes façons, pas l’intention de m’enfermer.

Aujourd’hui, il fait toujours aussi beau et, malheureusement de plus en plus chaud, j’ai décidé de traverser encore le Tage. Il y a en face de Lisbonne, une ville qui s’appelle Almada et dont le nom à consonnance arabe me donnait à penser qu’il y aurait quelques vestiges (en arabe « al m’adan » signifie la mine. Renseignements pris, il y aurait eu autrefois des mines d’or). Donc je vais au terminal fluvial du Cais do Sodre et prend le ferry pour Cacilhas qui est le nom du port. Dix minutes de trajet. À l’arrivée, surprise, une ligne de tramway très moderne pour m’amener à Almada. En fait, on dirait Evry — pour ceux qui connaissent la banlieu parisienne —, une ville plutôt récente avec une longue avenue qui n’en finit pas de monter vers une infinité d’immeubles mélange de moderne et d’architecture des années 80. Une ville assez grande, sans aucun centre ancien (ou alors je ne l’ai pas trouvé), des avenues assez larges bordées de café, beaucoup d’adolescents comme s’il y avait ici tous les lycées de Lisbonne, assez vivante, sans touriste bien sûr mais, il faut bien le dire sans intérêt. C’est quand même le seul lieu où j’ai vu affiché des menus « low cost, estudante, dieta, professor ». Tous à des prix dérisoires. Une autre ville-dortoir mais en meilleur état que Montijo.

Je décide de revenir à pied vers Cacilhas : le soleil tape, il n’y a pas de vent. Heureusement j’ai ma casquette. J’ai l’impression de marcher trois quart d’heures dans une banlieu de Montpellier. Pas pour moi. Je comprends que je ne pourrais jamais passer un été à Lisbonne. Il me faudra trouver autre chose. Par contre Cacilhas se révèle une gentil petit terminal de bateau avec une longue rue commerçante où les restaurants se touchent. Palavas ou Valras plutôt que Montpellier. Ce ne doit pas être désagréable, en soirée de venir y manger en regardant Lisbonne en face. Je reste un moment à lire à une terrasse.

Retour à Lisbonne, modifiant encore légèrement mon itinéraire. Deux surprises. D’abord l’ancienne église Sao Juliao, devenue Banco do Portugal et abritant une exposition d’art où les pièces maîtresses sont la salle des coffres et les lourdes portes d’acier de la banque. Tout un symbole de l’art occidental et de sa trajectoire. Par ailleurs, les autres quatre ou cinq pièces exposées sont sans intérêt. Puis, Rua do crucifixo un immeuble, d’habitation semble-t-il, très bien restauré dans un ton vert amande, avec une profusion de sculptures qui m’ont fait penser à l’esthétique de l'accumulation de San Roque.

Ce soir, osso buco…