Piscine comme tous les mercredis avec cette fois-ci un gamin, neuf-dix ans, une dent de devant absente, qui s’est amusé pendant une heure à faire la course avec moi, lui courant dans l’eau, moi nageant. Ça le faisait bien rire. Je me demande pourquoi les enseignants les amènent à la piscine car ils ne leur font rien faire. Ils se débrouillent, jouent à n'importe quoi…

Ceci dit, si je parle de la piscine c’est parce qu’elle est à côté du monastère San Vincente devant lequel je passe donc entre deux ou trois fois par semaine. Une église sans grand intérêt sauf que, aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi — peut-être parce que je savais qu’il y avait Sao, ma femme de ménage, dans l’appartement et que je n’étais donc pas pressé de rentrer — j’ai décidé de visiter le monastère. Et là, l’éblouissement. C’est un monastère très ancien qui, pour l’essentiel, a été refait au dix-huitième siècle, donc avec une décoration d’une très grande unité :  partout des panneaux d’azulejos tous plus beaux les uns que les autres : dedans bien sûr, mais aussi dehors puisque les carrelages sont insensibles aux intempéries. Des scènes de la vie quotidienne, des scènes mythologiques et, surtout, une série de trente huit fables de La Fontaine. C’est à voir absolument d’autant que du haut de la tour, avec les cloches qui sonnent les heures dans une belle résonance de notes graves, on profite d’une vue magnifique sur le Tage et la ville. De plus, le trésor de l’église est aussi remarquable avec des pièces d’orfèvrerie de toutes beautés, un peu chargées à la mode baroque portugaise, mais extraordinaires à tous les sens du terme. Et puis il y tous les tombeaux des rois portugais et la splendeur de l’entrée en mosaïque de marbre. Si les portugais n’ont pas de grands peintres et ne sont, sur ce terrain, en rien comparables aux italiens ou français de la même époque, ils ont de magnifiques artisans en céramique. Or, tout cela est anonyme. Vu la quantité étonnante, des centaines de mètres carrés certainement, ça ne peut de toutes façons qu’être un travail collectif.

C’était une journée culturelle. J’ai eu envie d’aller visiter le « museu de arte antiga ». C’est assez loin du centre, plus d’une heure de marche, mais on découvre de nouvelles rues. C’est un assez petit musée où les œuvres sont bien présentées. Encore une fois, ce n’est pas la peinture portugaise qui est la plus intéressante car elle n’offre là que des œuvres assez banales, mais le reste. Si les portugais voyageaient ils savaient aussi ramener des objets remarquables notamment une superbe collection de meubles des Indes portugaises tout en bois précieux et incrustations d’ivoire ou des paravents japonais représentant l’arrivée des portugais au Japon. Il y a aussi — mais on va croire que je suis obsédé par la religion — tout un ensemble d’objets d’orfèvrerie religieuse dont le travail est extrêmemnt riche et minutieux, tout en détails et incrustations de matériaux divers. Un seul ostensoir aurait ainsi demandé trois ans de travail à son artisan ce qui n’est pas étonnant vu la minutie et le nombre de détails réalisés dans des matières diverses.

Une journée de tourisme classique donc, même si je ne regrette rien mais, pour aujourd’hui, ça suffit.