Je suis certainement maudit des dieux, peut-être parce que je travaille sur les carolingiens et que la religion englobe tout : ayant encore visité d’autres places charmantes et d’autres miradores avec des vues splendides sur Lisbonne je rentre d’une longue marche sous un ciel couvert et quelques gouttes de pluie et je trouve la rue où est mon appartement barrée. Une affiche annonce qu’il va y avoir dix jours de travaux et j’ai déjà sous la fenêtre un rouleau compresseur qui fait un bruit épouvantable. C’était si calme… Je ne vais pas pouvoir tenir ici la journée, il va falloir que je trouve un autre moyen pour travailler. Espérons qu’ils ne commenceront pas les travaux trop tôt le matin… Parlons d’autre chose.

Hier, dans un des ascenceurs publics qui font parfois le lien entre une rue et une autre, j’étais très fier d’avoir saisi une toute petite partie de conversation entre une mère et sa fille, c’était « estufado para jantar », ce qui signifie « un râgout pour le dîner ». Ne me demandez pas de quoi, je n’en sais rien. mais j’étais quand même très content car, si lire le portugais ne me pose aucun problème car c’est une langue latine avec des mots italo-hispano-latino-franc, et très peu de faux amis, si j’arrive à me faire comprendre pour les choses de la vie quotidienne, je ne comprends absolument pas ce qu’ils disent. C’est une langue toute en chuintements prononcée avec le bout mou des lèvres en avant, d’où très peu d’articulation et notamment pas de vrais toniques, le tout forme un espèce de brouillard de sons auquel je n’accroche pas, je n’ai sûrement pas la bonne oreille. Or les gens ici parlent facilement, dans le bus, la rue, les ascenceurs et… je ne comprends rien. Je me contente de sourire, de dire une ou deux formules banales : ils doivent me prendre pour un imbécile, un prétentieux, sûrement les deux. Du coup, je ferais certainement mieux d’assumer complètement mon rôle d’étranger touriste et de leur parler en français ou en anglais que nombre d’entre eux parlent, du moins dans les quartiers touristiques.

Mais, revenons à mon travail sur les carolingiens et la religion. Il fait assez facilement écho ici avec les nombreuses reliques présentées dans les églises et que nombre de vieilles dames viennent prier en leur allumant des cierges. Pour comprendre cette croyance dans les miracles, les écrits des religieux catolingiens sont très intéressant. Je vais oser d’une métaphore pour faire comprendre : imaginez Dieu comme un énorme masse de matière nucléaire rayonnante dont les radiations on le pouvoir d’agir sur tout ce qui est. Lorsqu’un être plaît à Dieu, en s’abîment complètement en lui, un saint ou un ermite par exemple, il devient à son tour radioactif, ainsi que tout ce qu’il touche, et détient une parcelle du pouvoir divin. Du coup, un cheveu, une chaussure, un ongle, un fil de vêtement sont à leur tour radioactifs et possèdent une parcelle de ce pouvoir auquel peuvent avoir recours des gens ordinaires en les touchant et les priant. Quant à ce qui distingue les miracles des actes magiques, c’est que les premiers sont de Dieu, les autres du diable. Matière et antimatière ne sont pas compatibles.