Premier contact avec le milieu artistique portugais, hier, en fin d’après midi, j’ai été invité par Leonel Moura à une présentation de son travail dans son atelier. Celui-ci se situe à plus d’une heure de marche de l’appartement que j’habite, à l’ouest de Lisbonne, sur la route de Belem et de Caiscais, près du port. Cette longue marche m’a encore permis d’explorer d’autres quartiers de Lisbonne et de mieux comprendre la complexité sympathique de cette ville.

Son atelier est dans un ensemble d’entrepôts désaffectés qui devaient, à l’origine être portuaires puis, comme souvent quand personne ne sait qu’en faire, ont été occupés par des artristes. Ceux-ci ont donc fondé un lieu, qui, comme tant d’autres dans le monde, s’inspirant de Warhol a été baptisé Xfactory. Ce lieu, longue allée de petits ateliers de briques, a connu beaucoup de succès dans les dix dernières années, à tel point que, peu à peu, il est devenu trop cher pour des artistes. C’est maintenant un lieu branché avec, comme partout, des boutiques de fringues, gadgets plus ou moins électroniques et, surtout, restaurants, nombreux et divers. L’atelier de Leonal Moura est maintenant le seul qui demeure. Hier c’était donc une démonstration de son travail : Moura s’est spécialisé dans la création par robots interposés. Hier soir, trois petits robots autonomes, munis de crayons feutres et disposés sur une toile blanche créaient une œuvre en fonction de ce que jouait un xylophoniste. Bien. Je n’ai pas réussi à voir les relations précises entre la musique et les mouvements des robots. Disons que tout ça avait l’air un peu chaotique et aléatoire mais au bout d’une demi-heure, l’œuvre était signée, datée, et prête à la vente. Ce qui m’a amusé le plus, c’est pendant la demi-heure durant laquelle s’est déroulé le travail des robots, l’assistance était comme pétrifiée dans un silence et une attention quasi religieuse. J’ai déjà remarqué ça dans divers lieux de présentation artistique, quel que soit l’art concerné comme si la création artistique devait, de nos jours, remplacer la solennité de la messe alors que l’on pourrait, au contraire, imaginer qu’avec les diverses médiations technologiques, la création soit mise à une place plus modeste et que, du coup, il puisse y avoir des relations plus ludiques avec les créations, surtout lorsqu’elles sont ainsi distancées et directes. Il n’en est rien, je trouve au contraire que nos monstrations d’art sont de plus en plus sérieuses et ennuyeuses et j’en arrive à regretter les joyeux foutoirs des périodes lettristes, bruitistes, etc. où ce qui dominait c’était le jeu. Mais je vais encore passer pour ce que je suis, un vieux solitaire grognon, quelque chose entre l’ours et l’homme des cavernes.

Ceci dit Moura est très sympathique. On devrait se revoir.