Piscine encore. Non ce n’est pas une obsession, mais un intéressant terrain d’observation des différences culturelles. Alors que le Portugal est très catholique, que pour les messes (j’ai vérifié) ses églises sont pleines, qu’il n’y a aucune église ouverte sans qu’il y ait au moins une bonne dizaine de personnes en prière et que, sans cesse, des croyants viennent allumer des bougies sous les reliques ou les statues des saints, alors que les reliquaires, si nombreux et si riches, sont séparés, saintes dans une armoire, saints dans une autre, on pourrait penser que l’espèce d’ordre moral qui s’est sournoisement installé chez nous soit ici encore plus fort. Et bien, pas du tout, je retrouve à la piscine les comportements de mon enfance. J’ai déjà signalé que la piscine restait ouverte aux adultes des deux sexes même quand il y avait des écoles, ce que je n’avais pas dit parce que je n’y avais pas prêté attention, c’est qu’il n’y a ici, pas de cabine pour se dévêtir, que les douches sont collectives et, s’il y en a bien une ou deux individuelles, leurs loquets sont cassés. Résultat qui chez nous ferait hurler les âmes bien pensantes, adultes et enfants se déshabillent ensemble avec un parfait naturel sans que cela pose le moindre problème, le nu ne choque personne et chez les garçons, du moins ceux de onze à treize ans que j’ai pu voir à la piscine, n’est qu’une autre façon d’être habillé. Filles et garçons sont quand même séparés mais ensemble lorsqu'ils sont dans l'eau.

L’ordre moral n’est donc pas qu’une affaire religieuse mais une affaire politique qui nous vient, sans conteste, de la très prude et très libérale Amérique qui entre l’exhibitionisme absolu des gay prides et la pudibonderie quotidienne s’arrange toujours pour que le naturel disparaisse.

Et puisque j’en suis à évoquer la religion, je ne peux pas ne pas parler des églises, nombreuses. Où que je sois, bien que viscéralement athée, j’ai une habitude, celle de visiter temples et églises parce qu’on y rencontre la vision du transcendant des peuples. Les églises de Lisbonne, du moins celles, nombreuses, qui sont ouvertes, n’ont pas la merveilleuse splendeur des églises romaines, elles sont à la fois plus pauvres et plus riches. Plus pauvres parce que leurs décors sont d’une qualité souvent médiocre, plus riches parce que leur conception du baroque repose sur l’accumulation. On dirait du Arman religieux. Contrairement au baroque italien qui est une esthétique de l’enveloppement, du mouvement, de la vague, l’esthétique des églises lisboètes est celle du toujours plus. Le moindre tableau, la moindre niche sont une accumulation d’angelots entourant le sujet principal quel qu’il soit. Celle que je préfère est Saint Roch (San Roque) rue de la miséricorde où cette conception est poussée à son maximum, notamment dans la crèche où des dizaines de personnages, particulièrement dans l’espace du ciel, s’entassent, dans un désordre total, autour du berceau familial du Christ. Une pièce superbe.

Mais il y en a tant dans cette église.