Je me suis demandé pourquoi Lisbonne, pourquoi cette ville-là, plutôt que n’importe quelle autre m’attire particulièrement ? Ne pouvant me contenter de la réponse facile « parce que c’est elle, parce que c’est moi… », marchant encore longuement dans ses rues aujourd’hui violemment ensoleillées (en deux jours nous sommes passés de la Bretagne à l’Égypte), je crois avoir trouvé une réponse.

En fait, si je regarde les villes où j’aurais aimé vivre, elles présentent toutes les mêmes caractéristiques : un relief affirmé, des quartiers très populaires dans d’anciennes rues tortueuses au cœur de la cité, une qualité particulière de lumière, de lumière et non de soleil. La lumière du sud Bretagne a ainsi pour moi un attrait indéniable. Une ouverture sur une mer, quelle qu’elle soit. De toutes les villes du monde que j’ai visitées et, plus ou moins habitées, il n’en reste que très peu : j’élimine d’emblée Alger, Oran et Tanger ayant beaucoup de mal à vivre là où une moitié de la population est considérée comme inférieure à l’autre ; Macao me séduisait un temps mais c’est quand même trop exotique et trop loin de mes univers, juste bon pour un parfum d’aventure et d’étrangeté ; Rio, trop compliqué, trop peuplé, trop stratifié, trop chrétien ; Barcelone m’a séduite un temps mais les catalans sont difficiles à vivre, persuadés qu’ils sont, pour bon nombre d’entre eux, d’être une race supérieure avec un certain mépris pour les espagnols qui, eux, m’attirent. Restent trois villes, dont deux d’entre elles où, avec Claudette, nous avons failli nous installer : Marseille et Sète. Sète est quand même trop petite avec son unique colline dont on fait le tour en moins d’une journée, Sète est une île isolée au centre d’un paysage infiniment plat et monotone ce qui décourage vite le marcheur que je suis. Et quant à choisir une petite île, ce serait plutôt pour moi celle de Sein où l’on est exclu par la dureté du paysage et réduit à soi-même. Marseille ? Oui, pourquoi pas Marseille si cette ville n’était pas aussi sale, aussi bruyante, aussi infatuée d’elle-même avec des habitants, qui de façon différente des catalans mais tout aussi efficace, rejettent tout ceux qui ne jouent pas avec les règles de leur clan.

Seule, Lisbonne, aujourd’hui, présente toutes les qualités que je recherche : un climat atlantique, variable, imprévisible, capricieux pouvant passer en peu de temps de la chaleur à la fraîcheur, une topographie improbable où les rues se montent les unes sur les autres dans un joyeux désordre, une taille intéressante qui permet de marcher des heures en découvrant sans cesse des surprises, des événements nouveaux, une lumière brillante même dans ses brumes de pollution, une langue proche de celles que je connais déjà et que je m’accapare vite, et une population ouverte, sans prétention, facile d’accès, en un mot accueillante.

J’y étais déjà venu plusieurs fois, je ne suis là que depuis dix jours, peut-être que je m’illusionne. Les semaines à venir confirmeront ou infirmeront mes premières impressions mais…