Piscine toujours, j’avais décidé d’y aller ce matin. Hier j’avais soigneusement noté sur un carnet le nom des neuf rues à suivre. Rien à faire, je me suis encore perdu un bon quart d’heure à l’aller… autant au retour. Mais cette errance ne m’ennuie pas, au contraire car elle a ses bons côtés : pour ne pas trop m’égarer j’ai eu ma première vraie discussion en portugais avec une portugaise qui, sans humour, m’a remis sur le droit chemin. D’ailleurs par une autre voie que celles que j’avais notées. En fait de Pentãio, ma compréhension de cette langue à la fois mâchée et nasale, me joue des tours, il s’agit d’une ancienne église transformée en panthéon national, le Panteão qui ressemble d’ailleurs un peu au nôtre, une ancienne église aussi.

Quant à la piscine, surprise. Je l’avais choisie sur le site municipal des onze piscines les présentant toutes comme de 25 mètres. Il y a bien 25 m en effet, mais avec un aller et retour. Ce qui fait que pour nager 2000 mètres, il faut compter 160 longueurs. Impossible. J’ai fait ça à l’horloge. Autre surprise, alors qu’en France lorsque les piscines sont occupées par les scolaires, les nageurs ne sont pas autorisés, ici non. Une ligne sur trois est réservée, c’est tout. On nage dans les cris permanents d’enfants à l’expressité bruyante ce qui n’a pas l’air de gêner du tout les maîtres-nageurs qui s’en occupent. Avec l’alternance des oreilles sous et sur l’eau, l’ensemble fait une curieuse musique qui donne un rythme à la nage. Ce qui est amusant aussi, c’est que les enfants ne nagent pas, ils jouent à des jeux sportifs dans l’eau, essentiellement une espèce de course ce qui fait que, sur une trentaine, il n’y en a toujours que deux dans l’eau les autres regardant avant de passer à leur tour. Ils ont envie de communiquer, me parlent lorsque je sors la tête de l’eau, me font des signes, sourient. Une atmosphère étrange.

Autre étonnement, un ami m’avait dit avoir été surpris qu’on lui offre de la drogue dans la rue. C’est vrai, rarement dans la journée, mais après dix neuf heures, dans le quartier de la Baixa, il y a plein de revendeurs qui m’abordent sans précautions excessives et me proposent du haschish, mais aussi, plus étonnant, de la cocaïne comme d’autres proposent des billets de loterie, des prospectus pour des restaurants et des boîtes de fado ou des lunettes. Ils ne se cachent pas du tout; il est vrai qu’à cette heure là, la police ne brille pas par sa présence.

C’est tout cela, tous ces détails sans grande importance qui font pour moi le charme du dépaysement. J’aime bien les « choses à voir » et autres « curiosités », mais pas plus que ça. Ce qui me plaît en fait — et ce n’est pas si facile à trouver, notamment dans les lieux touristiques — c’est d’être obligé de changer mes habitudes, de rebooter (comme disent les geeks) mes habitudes comportementales. Ça me donne l’impression de rajeunir : on efface tout et on recommence.

Au fait, j’ai oublié de vous dire, il pleut, beaucoup aujourd'hui, et c’est sans importance. Lisbonne est une ville bretonne.